La Côte-d'Or compte aujourd'hui deux sénateurs de gauche
François Patriat, Alain Houpert et François Rebsamen sont les trois nouveaux sénateurs de Côte-d'Or. Soit deux élus de gauche contre un à droite. Une première en Côte-d'Or sous la 5e République.
L A gauche en Côte-d'Or n'avait pas envoyé d'élu au Sénat depuis 60 ans. Elle en compte deux ce matin ! François Patriat, président de la Région et conseiller général de Pouilly-en-Auxois et François Rebsamen, maire de Dijon, président du Grand Dijon et conseiller général de Dijon V, deux « poids-lourds » du Parti socialiste local et national, siègeront dès le 1er octobre à la Haute Assemblée. Une première sous la 5e République ! Alain Houpert, candidat divers-droite de la liste Union et Initiatives pour la Côte-d'Or vient compléter ce trio.
Liste contre liste
On dit que les élections sénatoriales sont particulières. Elles l'ont été ! Rappelons que seuls 1 555 grands électeurs prennent part au vote. Suspense et stratégies diverses ont émaillé cette journée d'élections organisée au tribunal de grande instance de Dijon.
Au premier tour, l'ordre était le suivant : François Patriat avec 740 voix (la majorité absolue étant à 767), Alain Houpert, 611, Patrick Molinoz (Liste PS/PRG), 596, Louis de Broissia (UMP, Liste Union et initiatives), 594, François Rebsamen, 582, Gilbert Menut (UMP, Liste Union et initiatives), 471 et Emmanuel Bichot (DVD), 357... Il était temps d'analyser tout ça à chaud, entre la poire et le fromage, pour définir la meilleure stratégie. A droite, il fut envisagé de présenter seulement deux candidats pour le second tour. Finalement, ce fut un affrontement de listes. Celle d'Union initiatives pour la Côte-d'Or (majorité départementale) contre la liste PS/PRG). Dans le même temps, Emmanuel Bichot (357 voix), se retirait « pour ne pas gêner les candidatures de ses collègues de la majorité départementale » sans donner de consigne de vote particulière. Pierre Gobbo, divers-gauche (129 voix) et Les Verts appelaient, de leur côté, à voter pour la liste de gauche. Quant au PCF, il montrait encore des dissensions avec Claude Pinon (45 voix) appelant à voter « pour battre la droite » et une Fédération ne « donnant pas de consigne de vote ».
F. Rebsamen troisième
Si les deux premiers arrivés en tête ont su garder leur place, le coup de théâtre est venu du troisième sur le podium : François Rebsamen, arrivé 5e un peu plus tôt, coiffait Patrick Molinoz de 13 voix et Louis de Broissia de 20 ! Un nouveau coup dur pour le patron de l'UMP 21 qui a dû laisser sa place de président du conseil général aux dernières cantonales en mars dernier pour sauver la majorité départementale.
Dans le même temps, François Rebsamen devient pour la première fois parlementaire... à moins de deux mois du congrès du PS à Reims.
Quelle peut être l'analyse - brute - de ce résultat ? En premier lieu, cette élection a été politique. L'avancée de la gauche dans le département depuis dix ans, date du dernière scrutin sénatorial, est incontestable. Mairie de Dijon et conseil régional sont déjà tombés dans l'escarcelle de la gauche. Quant au grand chelem, il a été manqué de peu en mars dernier avec un conseil général tout prêt de passer à gauche. Une gauche aussi qui s'est montrée disciplinée.
Ajoutons un changement sociologique chez les grands électeurs (rappelons qu'un tiers était renouvelé par rapport à 1998), une liste PS/PRG constituée de François Patriat et Patrick Molinoz, pour récolter les votes des champs et de François Rebsamen, les voix des villes et un contexte national difficile pour ceux qui se revendiquent de la majorité présidentielle... Des pistes qui permettent d'expliquer ce succès de la gauche côte-d'orienne. Le tout accompagné d'une division dans le camp de la majorité départementale. des ingrédients qui conduisent à l'élection, à droite, du seul candidat ne portant pas l'étiquette UMP. Au final, Alain Houpert, conseiller général de Grancey-le-Château et maire de Salives, sauve l'honneur de la droite et du centre. Une droite et un centre qui, ce matin, doivent se réveiller avec la gueule de bois...
Cyrill BIGNAULT